La passe interdite Yanowski en concert à la salle Gaveau

février 24, 2014 10:01 Publié par Commentaires fermés

Le Monde

Imaginez un centaure avalé par un miroir et puis les deux mains de Jean Cocteau interloquées qui lâchent le miroir. Evidemment celui-ci se brise en mille débris de verre. L’un d’eux, c’est l’œil du centaure, l’un d’eux, c’est Yanowski.Yanowski, on l’imagine tourner les pages d’un roman à chair fumante. Il est diabolique parce que son roman est hanté, qu’il peut le lire à ciel ouvert, que les mots sont pour lui des herbes folles, des yeux qui s’ouvrent à chaque instant. L’homme à la stature impressionnante, à la voix de ténor, ne quitte cependant pas du regard un moineau quelque part, derrière un buisson, blessé. Est-ce lui avec sa brindille au bec qui joue du violon sans le savoir, est-ce lui qui se pose par hasard sur le toit du piano et sourit au musicien. Le moineau, c’est l’ange qui passe rêveur sur les lèvres du poète et qui demande aux musiciens d’apprivoiser le centaure. Voudrait-il peupler le silence, que la musique lui répondrait. Il semble que les arrangements pour violon et piano de Gustavo BEYTELMANN se soient enchantés tout le long du voyage de YANOWSKI qui vagabonde sur les terres slaves et argentines, une sorte d’ouvroir fabuleux qui inspire ses chansons. Derrière l’homme qui joue de sa carapace irréelle, pour séduire fantômes, en chair et en os, il y a aussi celui capable d’être ému par la pâquerette qui pendrait de la poche d’un grand seigneur. Ah que ce poème est beau dont voici un extrait :

C’est fragile la vie d’un homme
Ca ne tient qu’à un rien
Ca ne tient qu’à l’amour
Et puis ça vous retient
De dire à tous ceux là
Qu’on aime sans mot dire
Qu’on voudrait les étreindre du bout des larmes
Yanowski fait penser à ce vers d’Apollinaire : 
« Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

Nous y avons penché les lèvres avec les musiciens superbement attentifs, Samuel PARENT au piano et Cyril GARAC au violon. Et nous sommes encore ivres, la tête dans les étoiles.

Paris, le 3 Février 2014                                       Evelyne Trân

Lien article original : http://theatreauvent.blog.lemonde.fr/2014/02/03/la-passe-interdite-yanowski-en-concert-a-la-salle-gaveau-45-47-rue-la-boetie-75008-paris/